........................Grand, grand comme une fourmi.........
.........Observons un exemple tout simple, observons une fourmi toute simple comme on l'observe le plus souvent, en infime Être fuyant l'inerte, prise dans notre regard comme entre vie et mort, entre une chose qui bouge et un semblant d'existence. Enraciné dans sa seule perspective, notre propre existence se leurre dans sa vue, regardant ce petit brin de vie de haut, comme s'il ne se limitait qu'à cette négligeable petite masse sombre qui parcourt le sol, comme poussé par un souffle dépossédé de sa propre volonté. Hors, si l'on se croit en bon droit d'imposer à l'existence cette perspective qui n'ose dépasser la surfasse, qui craint de voir plus loin que ce que donne à croire l'½il, et bien que cette perspective soit cohérente jusqu'au bout d'elle-même et qu'elle se réduise elle-même à ce Néant, tout comme elle réduit cette existence parce qu'elle n'est sienne.
.........Voir, c'est pressentir ce qui s'éprouve par-delà son regard, l'aveugle ne voit que son regard, il ne voit que des formes et des couleurs inertes et sans vie. Il ne voit rien, il ne voit que du vide dans son refus de ressentir. Perçant ce mirage du regard, on soulève alors le voile des apparences pour laisser jaillir un Cosmos, car c'est moins une tache infime, qu'un monde qui prend vie dans cette parcelle d'existence qui voyage et se transforme. Par-delà cette sensation qui nous irrite à peine, cette fourmi qui rampe est à elle seule un Univers de pulsions, de sensations et de volontés qui se dénude à peine. Son monde est si riche et différent, qu'il nous ferait frissonner d'impuissance, si l'on s'aventurait seulement à vouloir se l'imaginer, par notre vue et notre esprit faible dans ses moyens. Cette existence d'apparence négligeable transcende toute représentation possible, dépasse complètement tout ce que peu contenir l'Expérience humaine, si riches et variées puissent-elle nous être à nous-mêmes.
.........Et voilà ce que fut le plus beau lègue de la révolution copernicienne, la chance d'apercevoir toute la gloire et la puissance de l'existence pour elle-même, jusque dans les choses les plus subtiles et les plus insoupçonnées. C'est là chose qu'on ne serrait espérer d'une pierre, d'une voiture, ni même de richesses fastueuses. Aussi importante nos possessions puissent-elle nous apparaître pour nous, nous ne serons jamais rien pour elles et elles ne seront jamais rien pour elle-même, ni en elle-même, car Être, c'est d'abord d'avoir l'insigne chance d'Exister, tout comme Exister c'est d'avoir cette chance d'Être. C'est d'ailleurs notre propre valeur et celles de nos existences qui se dérobent les uns pour les autres, à donner tant de valeur à de l'inerte et de l'insipide, et à s'imaginer nous-mêmes que par elle.
...................................................................................................Et voilà ce qui fut le plus grand meurtre de la révolution industrielle, réduire toute vie et toute existence à Néant, sinon qu'à sa seule portée mercantile, voulant toute chose inanimée, désincarné, jusqu'à en tuer toute la grandeur de l'existence, même humaine. La Nature et la vie fut priver son droit d'Existence, et tout cela pour n'en faire qu'une propriété privée, privée de son sens, désapproprié de sa propre réalité, de son simple droit à l'existence. On y perd tant, jusqu'à notre propre signification, jusqu'à nos plus belles valeurs, qu'on s'évanouit complètement face cette illusion matérialiste. L'Humain s'y instrumentalise tant, l'humanité s'y déshumanise tant, qu'il nous reste que cette vue d'aveugle, ce refus de pressentir l'Existence par-delà ses premières apparences. Ce Néant revient nous gêner, mais pourtant on s'y refugie, on s'occulte devant nous-mêmes, nous rabaissant à n'être, à notre tour, qu'une marchandise. Notre valeur ne semble plus être que celle d'une ressource humaine, ne prend de sens ni des bonheurs simples, ni d'une simple
..Existence, mais que par notre seule utilité socioéconomique, notre usage de l'économie et de
......tout son prestige social. Nos vie s'y meurt, et elle s'y meurt tant, qu'on se débat de toutes
...........nos forces, pour se sentir vivre à peine, car encore nos mouvements, nos agitations
..............vides,tue encore la Nature, le vivant, et demeure silencieux devant tout son sens.
.............. Ce n'est pourtant que notre vide béant, cette mort inerte du sens qu'on laisse
.................derrière nous, qu'on voit en nous, qu'on expie dans toutes ces impulsions
...................insensées, fermant nos yeux devant l'existence, pour mieux nourrir
...................notre vide en consommant les fruits sans vie d'une économie
................... qui nous à asservie tout entier, au péril de notre avenir...
....................Oh Vie! Ta grandeure toute simple nous est offerte!
.............Cessons de n'être qu'une masse aussi infime,
.........prisonnière de regards aveuglés,
.......Qui n'assume l'existence
.......Et toute son essence,
.........Grande, sans possession !
.............Existant, sans concession !
...................Soyons Grands, pour nous et autrui...
..........Simplement Grands ! Comme cette si petite fourmi !.....................